Nombrilisme et racisme pour une Sirène qui n’existe pas

Allez hop, un petit billet comme ça vite fait pour un truc qui me trotte dans la tête.

Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans la vie de tout les jours, il y’a une constante qui semble malheureusement impossible à combattre : l’absence de volonté ou de capacité à se mettre à la place des autres et sortir un peu de son nombril…

La plupart des discussions et autres « débat », on ne doit pas avoir la même définition de ce terme, tourne toujours autour des mêmes aspect : qui a tort ou raison, mon avis compte y compris lorsque je dis que je m’intéresse pas à celui des autres, mais surtout ne pas voir la question dans son ensemble, juste ce qui nous touche nous.

Je prend un exemple, sur Twitter un personne se plaint du fait qu’on la traite de raciste parce qu’elle aurait préféré que la Petite Sirène soit comme « l’originale », et donc trouve dommage que celle du film soit « de couleur ». Disney ayant effectivement choisie l’actrice Halle Bailey, qui physiquement ne colle pas « à la Ariel du dessin animé ».

En ce qui me concerne, je ne me permets effectivement pas de la juger. Elle est peut-être « raciste », ou pas. Du moins, je vais pas entrer dans le détail au risque de partir sur une question encore plus polémique sur la réalité des choses qui est difficile à faire comprendre. Non, ce que j’essaie de faire passer comme message, sans doute maladroitement, c’est que son avis peut-être parfaitement innocent et légitime, mais que les réactions le sont au moins autant.

Attention : je ne dis pas que les réactions sont « bonnes », mais que dans le contexte général, elles sont logiques. Il faut sortir de l’idée qu’il y’a ce qui est bien et ce qui est mal, qu’il y’a le vrai et le faux, ceux qui ont tort et ceux qui ont raison. Qu’elle soit choquée est par ailleurs tout à fait logique, mais ce n’est qu’un petit problème personnel au milieu d’un contexte bien plus grand et bien plus large.

Le problème du racisme est complexe et omniprésent dans notre société. Des gens le subissent au quotidien, dans tout les aspects de leur vie. La situation est certes meilleure qu’à l’époque de la colonisation, mais cela ne signifie absolument pas qu’elle est satisfaisante en 2019, loin de là. On continue d’attendre des personnes qu’elles collent à nos clichés racistes. On continue de refuser l’entrée d’un lieu, la location d’un appartement ou un job sans raisons autre que le racisme. On continue d’interpeller « au faciès », dans des mesures bien plus qu’excessive, avec des violences à la clé (et qu’on ne me parle pas des ZAD ou des Gilets Jaunes svp, rien à voir).

Il suffit de mettre en parallèle les deux choses : d’un coté il y’a le racisme qui touche et fait souffrir des millions de personnes dans leur vie, de l’autre une personne choqué de ne pas pouvoir dire qu’il est dommage que la Petite Sirène ne soit pas blanche et rousse comme dans le dessin animé. Elle peut le penser, car peut-être dans son imaginaire il ne peut en être autrement et que ses souvenirs d’enfance s’en retrouve chamboulés. Ok, « c’est balot », mais est-ce que c’est réellement grave comparé aux enjeux d’un problème aussi profond que le racisme ? Est-ce que finalement, exprimer son ressenti n’est pas effectivement « déplacé » ? Est-ce que pleurnicher d’être tout juste bousculé et qu’on ne cherche pas à nous comprendre alors qu’on est du bon coté de la barrière, une barrière mise en place par et pour les blancs, n’est pas la preuve même qu’il y’a un problème dont on fait partie intégrante ?

Au passage, on peut noter que la « Ariel originale de Disney » est loin de celle du conte d’Andersen qui meurt d’avoir voulu devenir ce que la société attend d’elle : une femme douce, belle, gracieuse, « sexuelle », etc. Andersen décrit cette transformation comme une souffrance atroce qu’elle endure en silence pour continuer de plaire et répondre aux autres à ses propres dépends. C’est là un autre contexte, un autre sujet. Mais au regard d’un problème tout aussi profond et omniprésent que le racisme, le sexisme, elle aurait très bien pu être confronté à d’autres critiques qui l’aurait sans doute autant choqué bien que légitimes.

Bref, passons. Au fond, qu’est-ce qu’il aurait été plus sage de faire ? On pourrait penser « s’excuser d’avoir pu choquer avec des propos qui ne reflète pourtant pas notre pensée ». Mouais, c’est gentil mais ça ne répond pas au problème. Le mieux à faire selon moi, et de prendre sur soi, se poser un instant et comprendre le pourquoi du comment sans chercher à savoir ce qui est bien ou mal, qui a tort ou raison, tout simplement « comprendre et se mettre à la place des autres ». C’est le seul moyen d’avoir un minimum d’emprise sur la réalité et surtout de « communiquer ». Car la communication passe avant tout par le fait d’être capable de se taire, d’écouter et de se mettre à la place de son interlocuteur pour comprendre ce qu’il dit et pense. Même si il a tort : c’est pas grave, l’important et d’avancer soi même tout en acceptant l’expérience que les autres ont de la vie ! Au lieu de ça, on constate que souvent il n’est question que d’amour propre, d’égoïsme, de prouver au monde que l’on a raison et lui tort. Concrètement : s’élever en rabaissant l’autre.

En conclusion, je vous recommande vivement quelques ouvrages traitant du racisme. Je préviens que ce sont des textes qui peuvent heurter le lecteur lorsque celui-ci est « du bon coté de la barrière » car ils sont parfois extrêmement durs. Mais comme on vient de le dire jusque là : prenez sur vous, essayez de comprendre, n’essayez pas de savoir si la personne à tort ou raison sur tout, acceptez l’expérience de leurs vies. Lisez et acceptez ce qu’ils ressentent à travers les mots, laissez une place à leur expression même si c’est parfois blessant. Le monde s’en portera un chouhia mieux, et vous aussi !

  • Ta-Nehisi Coates, Une colère noire: Lettres à mon fils ;
  • Reni Eddo-Lodge, Le racisme est un problème de blancs ;
  • Dany Laferrière, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer.

PS : pour la dernière référence, j’ai hésité à la mettre… On peut aisément passer à coté du propos de l’œuvre… Ou le lecteur peut se retrouver soudainement face à quelque chose qu’il ne pensait pas ressentir. A vous de voir ce qui en ressort, si ça vous fait fantasmer sur « les nègres », que ça vous met en colère « qu’ils nous volent nos femmes » ou je ne sais quoi d’autre de tordu, prenez le temps d’y réfléchir, sinon tant pis !

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