Photo chafouin : la (ou le) HDR

Cet article fait partie d’une série d’autres dans lesquels je mets en avant des erreurs récurrentes et autre « délits d’abus de photographie ». Le ton est volontairement acide, non pas par état d’esprit mais pour la forme. Si jamais vous vous sentiez visés, ne soyez pas vexés pour autant. Je n’ai pas La Vérité Absolu, ce sont parfois des travers dans lesquels je me suis moi-même perdu ou pourrait encore me perdre. Après tout, c’est en faisant des erreurs que l’on apprend !

Ah là là, la (ou « le », c’est au plaisir) HDR, ce sigle malheureux qui malgré ses défauts possède tant d’adeptes… HDR signifie High Dynamic Range, et derrière ce terme barbare se cache bien souvent des photos ratées, sans intérêt, ou pire encore : un infanticide, l’auteur ayant décidé de massacrer son propre travail qui était pourtant pas si mal !

En réalité, non, c’est fabuleux : je suis au fond d’une grotte, à contre jour, et je souhaite quand même prendre mon cliché alors que ma grotte sera sous-exposé et tout le reste sur-exposé. HDR ! Il me suffit de prendre plusieurs photos à différentes expositions, puis grâce à mes talents de retoucheurs photos je pourrai tout simplement mélanger le tout, et PAF :

Une vision du futur, où les panneaux solaires ont envahi nos rivages et détruisent nos oeuvres photographiques en reflétant la lumière n’importe comment.

Les contours brillent, et on y voit des choses qui ne devraient pas être vues, un peu comme l’image de la mort photographique. Regardez l’ombre de la falaise sur les eaux, qui soudain est lumineuse… Y’avait il un miroir géant en contrebas ? Pourquoi diable l’eau reflète deux lumière différentes entre la gauche et la droite ? Pourquoi donc cette falaise semble constituée de roche radioactive et brille ? Est-ce vraiment une seule photo ? J’ai comme l’impression que la roche au premier plan a été collé sur la falaise au second plan, le tout sur un simple coucher de soleil…

Reéssayons, en mode « photo de rue »… Pas de bol, le ciel est très couvert, c’est sombre, que faire ? HDR !

Une scène de vie dans une petite ruelle, sur une planète non loin d’Alpha du Centaure…

Admettons, cette fois on a pas vraiment de soucis de détourage sur les zones les plus contrasté, on pourrait se dire que là c’est réussi ! Enfin, je ne sais pas pour vous, mais personnellement cette photo me semble juste tristement « plate ». Doux Jésus, y’a une momie en vie sur la gauche ! Non, c’est juste une personne qui n’est plus toutes jeune et que la photo a desséchée sur place… Et puis flûte, l’élément primordiale de la photo est la lumière, et par conséquent les ombres… On nous a volé les ombres ! Bref, voyons voir en vitesse tout ce que le/la HDR nous propose.

Des champs de lavande transgéniques surplombés par un arbre venu d’ailleurs ? Check !

Retranscrire la puissance de la pensée bouddhiste par un ciel bien saturé (entre autres) ? Check !

Restons dans la thématique : une église tellement effrayante qu’elle donnerait envie à n’importe quel bon chrétien de s’excommunier ? Check !

Et pourquoi pas juste lâcher la rampe et tout casser ? Check, check, CHECK !

Comment en sommes nous arrivés là ?

Je pense tout d’abord qu’il y’a le mythe de « l’histogramme parfait ». Ce mythe implique que nos photos ne devraient absolument pas avoir de zones sur- ou sous-exposées. N’entrons pas dans les détails, mais il faut savoir que nos appareils photos, d’aussi bonnes facture soient-ils, sont incapables de retranscrire l’ensemble des intensités lumineuse auxquelles ils sont confrontés sur notre planète. A vrai dire, même notre œil à une gamme de perception plus restreinte.

La HDR comble ce manquement, en augmentant artificiellement la plage dynamique d’une scène, elle permet de faire revivre des détails là où ne ne pourrions les capturer sans elle. Parallèlement, c’est à mon humble avis une technique de « sauvetage ». Votre cliché est raté du point de vue de l’exposition ? HDR au secours ! Mais rien ne doit être utilisé pour « sauver un cliché », la seule protection viable contre un cliché raté, c’est notre maîtrise à la fois du matériel et de la lumière.

L’autre cause est très commune : « le style ». Par l’envie compréhensible de se forger un style ou d’impressionner nos pairs, on succombe parfois à la facilité avec des filtres ou des techniques en particuliers. C’est normal, si aujourd’hui je développe de l’urticaire à la vue d’une photo HDR, j’ai pourtant passé un certain nombre d’heures à m’amuser avec, et croire que je maitrisais quelque chose. J’étais content de mon travail, mais si j’avais encore ces clichés, ils auraient eu toute leur place dans cette article.

A bas la HDR !

Non, je dirai en réalité « vive la HDR » ! A titre personnel, je ne suis pas le plus grand fan et ne pense pas réutiliser cette technique un jour, ou par pur défi. Et si de nombreux déchets existent partout sur le web, il n’empêche pas qu’il s’agisse d’une réelle technique que certains photographes maîtrisent honteusement bien. D’ailleurs, on a pas eu besoin d’attendre Photoshop pour « faire de la HDR », certains photographes avaient déjà mis au point des techniques pour agrandir la plage dynamique, il y’a longtemps. Très longtemps. Tel qu’aux alentours de 1850, par un certain Gustave Le Gray. Il a même tiré un portrait officiel de Napoléon (qui aurait dit à ce sujet « du plat de ses photos, 16 indices de lumination vous contemplent ! »).

Bref, il faut garder à l’esprit que ce n’est pas un pansement mais un choix artistique, que les plus beaux clichés HDR sont réalisés par des personnes qui maîtrisent la photographie en général.

Les goûts de chacun sont différents, et nul doute qu’il y’a des amateurs partout dans le monde. Si vous apprenez la photographie, je ne veux surtout pas que vous vous interdisiez d’expérimenter, au contraire ! Faites de la HDR, même très mauvaise si cela vous intéresse, mais ayez la présence d’esprit de rester votre premier juge en ce qui concerne la qualité général de votre travail. Mais surtout prenez le temps d’apprendre !

Pour finir, sachez que certains adeptes de cette technique ont décidé, face aux flots d’horreurs, de renommer celle-ci exposition blending (mélange d’exposition) pour se démarquer du terme HDR. Je ne sais pas si c’est réellement si différent pour mériter une nouvelle appellation, mais le fait est que cela existe. Oh, et pour ne pas vous laisser penser que c’est forcément mal, je vous quitte avec un très beau travail de Jimmy McIntyre. Vous pouvez également retrouver son travail sur 500px.

Okay, là on se calme et on arrête d’être chaffouin…

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