Let’s Stream : la compression audio

Qui imaginerait un stream de Zerator sans compresseur, avec des saignement d’oreilles perpétuels ? Peu de monde j’imagine !

Un compresseur audio, qu’il soit « hardware » ou « software » est quelque chose de finalement très simple : il modifie la plage dynamique d’un signal audio en la comprimant.

Plage dynamique ?

Faisons simple. La mesure et surtout la visualisation d’un niveau sonore est un sujet complexe, nous n’entrerons pas dans les détails. Sachez simplement que la plage dynamique d’une piste sonore va être l’amplitude mesurée, généralement en décibels (là aussi, sujet complexe !). Pensez surtout au niveau maximum : dans l’image ci-dessous, qui est une piste vocale (avec quelques sons d’un jeu), on observe des crêtes. Plus les crêtes montent haut, plus le son est « fort ».

Cesse donc de crier vindieu !

Vers le milieu on constate une crête plus élevée que les autres. Probablement quelqu’un qui parle soudainement plus fort ou cri ! Cette montée soudaine de volume peut être déplaisante, et même dans les cas extrême « faire mal » !

Le but d’un compresseur sera donc de modeler la plage dynamique afin de « lisser » les volumes, ce qui consiste donc à réduire la hauteur de ces crêtes pour que ce soit en général plus agréable et constant. Il existe en réalité trois façon d’utiliser un compresseur que je m’en vais vous décrire juste après un point technique sur les paramètres réglables !

Une attaque rapide pour moins de souffrance !

Vous aurez principalement à manipuler 5 variables avec un compresseur :

  • le seuil (threshold), qui détermine le niveau sonore à partir duquel l’effet de compression va s’activer ;
  • le ratio, qui détermine à quel point le compresseur écrasera la plage dynamique ;
  • le gain, qui permet de compenser la baisse de niveau sonore maximale ;
  • l’attaque (attack time), c’est à dire le délai durant lequel l’effet entre en jeu graduellement jusqu’à son application maximale, une fois le seuil dépassé ;
  • le release (release time), délai de désactivation du compresseur, ce qui s’effectue graduellement comme l’attaque.
Un compresseur « software » : MCompressor par MeldaProduction. Il est disponible sur leur site. Le niveau d’entrée est à l’horizontale, le niveau de sortie à la verticale.

Vous pouvez constater ici que l’attaque est à 10ms, le release à 50ms, le ratio à 2:1 (lire « 1 pour 2 »). Le ratio indique donc à quel niveau le son sera compressé. Pour chaque 2dB au delà du seuil, le niveau de sortie sera de 1dB. C’est pourquoi on constate que la courbe noir du rendu arrive à -6db là ou la courbe blanche est à 0dB. Si nous avions un ratio de 3:1, nous n’aurions plus que 1dB rendu pour chaque 3dB au delà de -12, soit -8dB rendu au lieu de 0 (12/3 = 4, -12+4 = -8). Bref, un ratio de 1:1 n’aura aucun effet, et plus vous augmenterez le ratio, plus le plage dynamique sera écrasée à partir du seuil défini.

Ceci enfin dit, vous comprendrez mieux les deux autres paramètres : l’attaque et le release. Une attaque de 10ms signifie donc qu’il faudra 10ms pour que s’applique pleinement la compression. Si on choisi un ratio de 3:1, nous aurions un ratio de 1:1 à l’instant t du déclenchement, un ratio de 1:3 à l’instant t + 10ms, avec un milieu, par exemple, un ratio de 2:1 à l’instant t + 5ms.

Bref, avec un attaque très courte le son sera pleinement compressé dès que le seuil est dépassé, ce qui peut donner un effet hachuré et non naturel. Par contre un délai beaucoup trop long risque de rater le coche et ne pas réduire suffisamment les montée sonore violente. Le release et l’exact inverse, mais on choisira généralement un temps plus long.

Il faut parvenir à avoir les temps les plus courts sans déclencher ce que l’on appelle « l’effet de pompage ». Lorsque le compresseur s’active et se désactive trop vite, cela donne la désagréable impression que quelqu’un joue avec le volume très brusquement.

Les types d’usages d’un compresseur

La compression

C’est l’emploi le plus courant : réduire d’un certain degré les sons dépassant un seuil précis. Il faut toutefois garder en tête qu’il n’est pas désirable d’avoir un seuil trop bas ou un ratio trop élevé. Si nous choisissions un ratio de -30dB et un ratio de 1:10, quasiment tout serait énormément compressé. C’est chouette, on entendrait à peu près aussi fort un chuchotement qu’un cri à glacer le sang, mais ce ne serait plus du tout naturel ! Une compression trop forte de la voix supprimera totalement la modulation de celle-ci. Vous sonnerez « plat », sans vie, sans émotions.

De plus, une sur-compression à un autre effet néfaste : puisque le volume maximal est plus faible, vous allez généralement relever le niveau de sortie, ajouter un gain de sortie conséquent. Plus vous compressez fort, plus vous ajouterez de gain pour obtenir un niveau audible, et là catastrophe : votre respiration est (très) audible, les clics de souris aussi, et on ne parle pas de tout autres bruits qui seraient habituellement imperceptibles !

Oui c’est la même image que la précédente, mais elle permet bien de visualiser la courbe de compression !

L’expander

Un compresseur plus évolué peut souvent être souvent utilisé comme « expander », c’est à dire appliquer l’effet : réduire le niveau sonore en dessous d’un certain seuil. L’utilisation en expander se rapproche donc de l’utilisation d’un gate en étant moins brutale. Là ou le gate va totalement couper la sortie son en dessous d’un seuil prédéfini, l’expander va simplement le réduire.

On utilisera donc un expander pour réduire plus ou moins drastiquement des bruits de fonds sans toutefois les supprimer complètement.

Nous avons du activer la fonction « courbe personnalisé » pour utiliser le compresseur comme un expandeur. On voit bien qu’un niveau d’entrée à -18dB sera réduit à environ -36dB.

Le limiteur

Enfin, un compresseur peut être utilisé comme un limiteur. C’est le cas le plus simple à expliquer : on défini un ratio « infini », ou en tout cas particulièrement élevé, pour que le niveau de sortie ne dépasse pas le seuil de déclenchement. Avec un ratio de 20:1, par exemple, tout son d’entrée dépassant le seuil sera réduit à peu de chose près au même niveau de sortie !

Le limiteur est particulièrement utile pour prévenir tout dépassement d’un niveau sonore précis. On peut voir celà comme un garde fou, le Gandalf des Decibels. Vous pouvez éventuellement en utiliser un dans le cas du stream, au cas où, mais il devrait avoir une utilité disons… limité ! Si votre limiteur entre très souvent en jeu, c’est que soit il est mal réglé, soit vous alterner entre le fait de chuchoter à vous égosiller. Pour ce dernier cas, on peut considérer que le problème est plutôt votre façon de faire.

Emploi bonus : le side-chain

Avez-vous déjà entendu dans les annonceurs publicitaires dont la voix semble écraser la musique pourtant si forte lorsqu’il ne parle pas… Selon le compresseur utilisé, il peut-être possible d’ajouter un autre canal en side-chain, afin que la compression réagisse au volume de ce canal et non à celui sur lequel il est appliqué. Le fonctionnement est simple : c’est le son en entrée vie le side-chain qui va déterminer le volume à soustraire de la piste compressée et/ou le moment du déclenchement.

Si vous utilisez de la musique de fond en stream, cette emploi peut être intéressant. Vous pourriez laisser un volume musical assez élevé pour éviter qu’il y’ait des moments trop calmes, mais que celle-ci n’encombre par l’inéligibilité de vos paroles. Attention, il ne faut toutefois pas en abuser : non seulement une musique forte peut être gênante sur long terme, mais vous risqueriez aussi de donner l’impression d’être « Jacky le DJ fou » !

Personnellement, je l’utilise uniquement pour ne pas que les musiques et les sons des notifications ne se superposent à la musique, ce qui provoquerait une véritable cacophonie. Aussi, dès qu’une notification sonore entre en jeu, la musique est aussitôt coupée, puis revient progressivement une fois la notification terminée.

Je ne peux malheureusement pas expliquer pour chaque softs – nombreux sont les compresseurs mais aussi les logiciels hôtes – comment utiliser ce mécanisme. Sans doute ferais-je un tutoriel plus précis sur Reaper à l’avenir. Je vous laisse toutefois la capture d’écran ci-dessous en attendant.

On voit ici que la piste « System » (qui accueille tout les sons provenant de Windows, dont les notifications) est envoyé sur les canaux 3 et 4 de la piste « Music ». Puisque nous sommes en stéréo, ils ne sont pas audible sur la piste Music, mais ils peuvent être utilisés dans le compresseur de la piste en tant qu’Auxiliary Input L+R. Notez le ratio de compression infini, qui coupe totalement le son à l’activation du compresseur.

Conclusions et guide général de réglage

La compression sera donc l’élément clé pour mettre un bémol à vos moments les plus excités vocalement, tout en permettant de garder audible les moment les plus calmes.

Concernant les réglage, il n’existe malheureusement pas de recettes miracles. Il vous faudra vous enregistrer et essayer petit à petit ! Pour l’attaque et le relâchement, il n’est pas bien grave de rester aux réglages par défauts. L’essentiel et d’avoir des délais courts (surtout l’attaque) sans pour autant déclencher un effet de « pompage ». Lorsque ces délais sont trop courts, on perds totalement la dynamique de la voix, et cela donne l’impression qu’on tourne le bouton de volume brutalement.

Il ne faut pas non plus hésiter à mettre deux ou trois compresseurs à la suite, du plus doux au plus agressif. Vous aurez par exemple, simple exemple, ne considérez pas cela viable :

  • une compression 2:1 qui débute à -18dB ;
  • une compression 3:1 qui débute à -12dB ;
  • une compression 4:1 (ou un limiteur) qui débute à -6dB

Vous aurez ainsi une compression des plus douce pour votre voix la plupart du temps et conserver une dynamique satisfaisante, tout en prévenant les montées de volumes excessives.

Bref, il est nécessaire d’expérimenter tout en gardant en tête qu’il faut rester parcimonieux et ne pas tuer votre naturel !

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