Ψ-Files : les antidépresseurs

De quoi parles-t-on ?

Il semble qu’une des principales raisons de la méfiance envers les antidépresseurs (AD) provient d’une méconnaissance générale des médicaments utilisés en psychiatrie. Les psychotropes regroupent un très large éventail de substances très variées. Un AD n’est pas un anxiolytique ou un antipsychotique, et tout les AD ne sont pas les mêmes non plus : les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), les tricycliques (ADT) ou les inhibiteurs de monoamine oxydase (IMAO) n’ont pas le même mode d’action, les mêmes effets ou les mêmes (contre-)indications.

Sertraline bonjour !

Bien souvent on évoque l’image de la personne endormi ou accroc à ses « pillules du bonheur » : cette image est fausse pour la grande majorité des personnes sous traitement. Les AD les plus prescrits, notamment en cas de dépression moyenne à sévère, sont les ISRS tel que le Prozac, le Seroplex ou le Zoloft. Peut-être cela en étonnera plus d’un, mais ces médicaments sont les plus utilisés et employé en première ligne parce qu’ils sont… sûrs ! Il n’ont pas ou peu d’effets sédatifs et ne présentent pas de risque d’accoutumance ou de dépendance 1. Dans les faits, il est impossible de savoir que quelqu’un suit un traitement à base d’ISRS sans qu’elle ne le dise a priori : ce ne sont pas des pilules du bonheur qui font voir la vie en rose ou font des patients des zombies, mais des molécules qui permettent à ceux atteint de dépression sévère de moins voir tout en noir. Personne ne se défonce avec des ISRS, personne n’y est « accroc », personne ne change de personnalité à cause d’eux. Ils apaisement tout simplement des symptômes devenus trop sévère voire invalidants.

Je sais pas c’était quoi, mais c’était pas ça…

Ce ne sont pas des bonbons pour autant. Ce sont des médicaments qui doivent être pris uniquement sous la supervision d’un psychiatre. Le traitement ne doit pas être démarré et encore moins stoppé n’importe comment. Comme tout les médicaments, ils peuvent parfois avoir des effets secondaires, toutefois rares et/ou temporaires, et le plus généralement de l’ordre de l’inconfort. Un médecin psychiatre saura adapter le traitement ou changer de molécule si nécessaire.

Le seul point noir des ISRS est qu’ils peuvent de manière exceptionnelle désinhiber suffisamment une personne suicidaire. Les personnes atteintes de pensées suicidaires peuvent être dans un état si sévère qu’elle ne possédent plus même l’énergie de mettre un terme à leur vie. Paradoxalement, se sentir mieux peut suffire à donner cette force sans être suffisante pour passer au-dessus de ces pensées. Néanmoins, on ne peut pas se dire qu’il vaut mieux laisser une personne en détresse car il existe risque infime, maîtrisé par les médecins, que le traitement provoque un événement dramatique.

Une utilité bien réelle

Je me dois de faire un petit détour sur l’efficacité réelle ou supposée des AD. On ne va pas faire durer le suspens : ils sont efficaces ! Les ISRS ont été étudiés en long, en large et en travers, et ils ont assurément un effet sur l’humeur des patients supérieur à des placebos2. Il n’est pas question ici d’expliquer comment se font les études, leur méthodologie et toute la panoplie d’outils statistiques qui permettent d’affirmer cela, mais c’est un fait avéré ! Il y’a toutefois deux choses très importantes à préciser.

La première est que chaque personne répondra différemment à chaque molécule : plus ou moins, ou pas du tout ! Il se peut que le premier traitement proposé ne fonctionne pas, et qu’une autre molécule se montre plus efficace. L’effet placebo peut faire penser que ça fonctionne les premiers jours, mais une passer deux ou trois jours avoir l’impression qu’ils sont inutiles. Deux à trois semaines peuvent être nécessaire pour que le traitement soit pleinement efficace, aussi faut-il éviter de tirer des conclusions hâtives dans un sens comme dans l’autre.

On apprend et on retient : SEVERE !

La seconde est que l’efficacité des antidépresseurs est intrinsèquement liée à la sévérité de la pathologie. D’après des études menées, les AD n’ont aucun effet en ce qui concerne les dépressions légères. Et oui, le mythe de la pilule du bonheur n’a pas de raison d’être, puisque quelqu’un qui va bien ne constatera pas d’effet supérieurs à ceux d’un placebo !

C’est l’occasion de préciser que si on ne sait pas exactement me pourquoi du comment de la dépression, il existe deux domaine : l’un médical (que ce soit la « chimie du cerveau », d’ordre génétique ou la consommation de drogue ou d’alcool par exemple) et l’autre environnemental (exposition au stress du travail, conditions de vie difficiles, problèmes familiaux, etc.). Il existe ainsi des personnes dont l’origine de la dépression n’a pas de cause plausible au regard de leur vie. Tout va très bien, elle n’ont jamais été exposé à des événements stressants, et pourtant… Ces personnes, qui bien souvent culpabilisent de ne pas parvenir à être heureuse malgré tout, sont particulièrement réceptives aux traitements et n’auront besoin de rien de plus pour avoir une vie normale ! Pour les autres, malheureusement, le traitement ne sera qu’un outil et non la solution à leurs troubles.

Tout n’est pas fantastique pour autant

Un prescription médicale est une chose sérieuse et établie en fonction des effets escomptés. Comme lorsque l’on traite un problème physiologique, il est essentiel de prendre son traitement correctement. C’est encore plus vrai concernant les AD. Démarrer le traitement avec de trop fortes dosages ou doubler régulièrement des prises peut provoquer des effets non-désirés. Parmi ceux-ci se trouve le déclenchement d’un événement maniaque. A l’inverse, stopper abruptement ou oublier plusieurs jours son traitement peut entraîner un syndrome de sevrage plutôt violent incluant entres autres des symptômes similaires à ceux de la grippe (vertiges, courbatures, fatigue, agitation, etc.).

Bromazépam bonjour !

Ceci dit, il existe bien sûr certains médicaments à prendre avec encore plus de précaution et de recul, tel que l’alprazolam (Xanax) ou le bromazépam (Lexomil). Ces molécules sont des benzodiazépines, et comme tout benzodiazépine elles présentent de très forts risques d’accoutumance et de dépendance. Au contraire des ISRS, ils provoquent des effets bien plus visibles, dont celui « d’assomer », car ce ne sont pas des anti-dépresseurs, mais des sédatifs psychique ayant cinq effets : anxiolytique, anticonvulsivant, myorelaxant, amnésiant3 et hypnotique4. Ils sont prescrits lorsque l’on fait face à des troubles anxieux graves ou invalidants (pas un coup de stress passagers) ou des crises de panique. S’ils sont comme les opiacés couramment utilisés comme drogue récréative, ils sont et devraient être strictement encadrés par des professionnels de la santé. Médecins comme fabricants sont d’ailleurs les premiers à mettre en garde contre l’usage de ces molécules : leur prescription ne doit dépasser une douzaine de semaines que de façons exceptionnelles !

Mais là encore, toutes les molécules ne se valent pas. Le prazépam (Lysanxia) n’est pas le bromazépam. Ce premier à une demi-vie beaucoup plus longue, ce qui signifie que ses effets sont beaucoup plus diffus, étalés dans le temps, tandis que le second a un effet beaucoup plus rapide et puissant ce qui le rend potentiellement plus dangereux du point de vue de la dépendance. Dans le cas où la prise de benzodiazépine s’impose, le choix de la molécule se fera donc en fonction de sa demi-vie pour l’adapter aux besoins réels du patient. On ne prend pas du Lexomil pour calmer le stress d’un examen, parce qu’au boulot on traverse une période stressante ou pour s’amuser, mais lorsque l’on est atteint par une pathologie ou pour calmer une crise sévère.

Soyez précautionneux et non sceptiques !

En conclusion, retenez que les antidépresseurs sont utiles et sûrs tant que le traitement est encadré par un professionnel de la santé (de préférence un psychiatre). Les ISRS ne présentent aucun risque raisonnable : ce n’est pas une drogue au sens récréatif du terme, ça ne vous fera pas planer et vous ne serrez jamais « accroc ». Il ne ferons pas non plus de vous une personne différente mais aide celles qui en ont besoin à se sentir mieux. Répétons le : ils aident redevenir un peu plus soi-même, et non « une autre personne » !

Ah, si seulement je pouvais cliquer sur ce bouton, tout irait mieux !

Toutefois, on peut tout à fait être d’accord sur le fait qu’ils sont trop souvent prescrits. Ils n’ont pourtant aucun effet supérieur à un placebo en ce qui concerne les troubles dépressifs les moins sévères ou inexistants. Si on vous prescrit un antidépresseur parce que vous avez un coup de mou ou qu’un événement grave vient tout juste de se produire dans votre vie et que vous n’avez donc logiquement pas le moral : ce n’est pas normal, et peut-être qu’il s’agit d’une solution de facilité. Il peut valoir la peine de prendre un second avis médical. Si vous avez un complexe en particulier, la phobie des ascenseurs ou que vous êtes stressé par les examens qui arrivent, idem : vous n’avez pas besoin de médicaments, tout va bien ! Si par contre vous êtes diagnostiqué comme ayant un pathologie psy, notamment une dépression sévère et/ou une phobie sociale, il serait insensé de pas vouloir se soigner. Comme les antibiotiques, ce n’est pas automatique et le plus souvent inutile, mais si il y’a une infection avérée il faut la traiter convenablement.

Enfin, il faut à tout prix garder en tête qu’ils ne permettent absolument pas « d’oublier nos soucis ». Seuls, les AD ne permettent d’ailleurs pas de guérir d’une dépression. Ce ne sont que des outils qui permettent d’aborder les dits problèmes dans de meilleurs conditions. Pour guérir, il faut développer d’autres stratégies, tel que suivre une psychothérapie, améliorer son hygiène de vie ou parvenir à reprendre des activité quotidiennes tel que le travail, des sorties entres amis ou du sport. Ces activité auront le plus souvent été rendues difficiles ou impossibles par la dépression, et le traitement est là pour aider à reprendre une vie plus saine !

  1. L’accoutumance (ou tolérance) n’est pas la même chose que la dépendance. Elle désigne le fait de devenir de plus en plus tolérant à une substance, que ce soit de cause physique ou psychique, et de devoir augmenter les doses pour en maintenir les effets. Il existe une accoutumance à l’alcool, aux opiacés, aux antalgique tels que l’ibuprofène ou l’aspirine, à la caféine, etc. La dépendance est le fait de développer un besoin envers une substance. Accoutumance et dépendance vont souvent de pair, mais peuvent exister l’une sans l’autre.
  2. Les placebos sont des substances sans effets, principalement utilisé dans les études. Un groupe de patient reçoit un placebo, l’autre la substance active, et on observe la différence en éliminant « l’effet placebo ». Spoiler : on prescrit parfois des placebos, ça peut être suffisant, mais on ne vous le cachera jamais (sauf si vous prenez part à une étude). En réalité, l’effet placebo peut parfois être suffisant, sans même qu’on n’ait à le cacher !
  3. Comme son nom l’indique : provoque l’amnésie. Les benzodiazépines sont parfois administrés suites à des procédures médicales traumatisantes comme l’intubation, ou pour à la suite d’une crise d’épilepsie
  4. Provocation ou maintien de l’état de sommeil

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