Bates Motel ? Nope…

Du positif tout de même !

L’ambiance est particulièrement immersive. Je crois être particulièrement sensible aux mélange des époques, ce qui permet de donner un aspect intemporel à l’histoire. C’est légèrement déroutant au début, mais en fin de compte c’est très réussi et sans exagérations.

Le jeu des deux acteurs principaux est au point, bla bla bla… bon, en fait j’ai pas grand chose à ajouter par rapport à tout ce qui se trouve sur le web ! Entrons dans le gras du sujet plutôt !

Et puis… le banal

Autant être franc : je me suis senti très vite expulsé de l’histoire. L’intérêt premier de la série est la relation entre Norman et Norma. Je me dis qu’il y’a déjà beaucoup à faire, surtout avec l’adjonction du frère qui permettrait de mettre en relief le tout. Mais pourquoi :

  • devait-il y avoir des trafiquants de drogues ?
  • devait-il y avoir un réseau de prostitution avec des prisonnières asiatiques « façon Gary Heidnik » ?
  • devait-il y avoir un triangle amoureux entre Norman et LA meuf du lycée et l’autre meuf (celle qui est une tête à défaut d’avoir des poumons) ?
  • devait-il y’avoir ce triangle qui devient un carré avec le frère ?
  • devait-il y’avoir autant de meurtres, et surtout de meurtriers, alors que l’action prend place dans une paisible bourgade de l’Oregon ?
Comment rendre son script plus excitant !

Les deux-trois « Tout est enfin arrangé ! » de Norma m’ont fait sourire… Oh non Maman, parti comme c’est, et sans même que le synopsis le dise, on sait que ça va être le waï jusqu’au bout. Je m’attends presque à l’arrivée de l’armée ou un complot d’état donc le Bates Motel deviendrait l’épicentre !

En fait, ma grande question reste « pourquoi Norman Bates » ? Je sais pertinemment que de nos jours les véritables créations originales se font rares, et que les séries sont trop souvent une préquelle ou une suite d’un film, d’un roman ou d’un comics. C’est plus rentable, on profite de l’aura de l’oeuvre servant de base, et l’audimat « sait où il va » et s’en trouve conforté et/ou intrigué.

De base, ça ne me dérange pas, mais pourquoi utiliser une oeuvre comme base non pas pour l’explorer (parfois avec un oeil tout à fait personnel), mais tout bonnement la réinventer ? Le Norman Bates de Psychose est inspiré par Ed Gein, bien que l’auteur ne se rendit compte que quelques années plus tard à quel point il a visé juste en ce qui concerne le parcours de vie qu’il a imaginé. Ed Gein n’a pas eu une vie aussi rocambolesque, loin de là. Le Norman Bates de Psychose n’en a pas eu non plus, aussi loin que le roman et/ou le film donne des éléments de son passé. Pour moi la série se perd dans du superflu franchement relou, des éléments exagérés que l’on retrouve partout, prenant la place de ce qui était plus intéressant à développer.

En réalité, j’aurais été bien plus indulgent si la série s’appelait « Greene Motel » et qu’on y explore la vie de Franck et Frances Greene. L’influence Ed Gein / Psychose aurait pu être présente, sans toutefois s’y rattacher explicitement.

Les maladies mentales, c’est cool… à la télé !

Dernière chose un peu plus difficile à aborder : les troubles psy dans les fictions. Autant le dire de suite, je ne suis pas contre l’utilisation de maladies mentales dans les fictions, qu’elles soient correctement décrites ou non. Ce qui me dérange beaucoup plus, c’est la constante qui lie pratiquement toutes ces histoires : les personnes atteintes sont quasi-systématiquement instables, criminelles, handicapées, malsaines et/ou dangereuses.

Alors non, une seule fiction n’a pas à porter la responsabilité de toutes les autres dans leur traitement mauvais ou tendancieux de la question. Néanmoins, l’ensemble est responsable de la très mauvaise image qu’ont les personnes atteintes de troubles psy, qui vont au mieux à de la pitié, au pire à des craintes infondés. Mais au nom du spectacle et pour le bonheur de l’audimat, on hésite pas à en rajouter de grosses couches.

La stigmatisation perpétuelle des troubles psy tels que la dépression, la bipolarité ou la schizophrénie mériteraient plus d’un article à elle seule. Alors les troubles dissociatifs de la personnalité, aux sujets desquels ont débat encore aujourd’hui de leur réelle existence, c’est pousser le bouchon un peu loin…

Je n’aurais pas de soucis à cautionner ce genre de fictions si je savais que la plupart des personnes avait la démarche de se renseigner sur le sujet, de façon ouverte et humble. Ou qu’elles ont déjà les billes pour aborder la façon dont les maladies sont décrites sans que cela n’imprime clichés et fausse-idées. Hors, il est certain qu’on a que très peu voire pas du tout progressé dans notre relation aux pathologies psychiatriques.

PS : je viens de me lancer la mini-série Maniac (avec Emma Stone <3), et c’est a priori l’exception qui confirme la règle. A l’épisode 4 où je suis, j’aime beaucoup le traitement qui est fait des maladies avec lesquelles ils vivent (dépression/troubles borderline pour Emma Stone, schizophrénie pour Jonah Hill) : il est question de l’impact de la maladie sur leur vie et leur façons de la gérer (ou pas), et non sur des clichés fantasmés et sensationnalistes de personnes au mieux dérangées (et dérangeantes), au pire dangereuses…

Alors oui, c’est beaucoup moins sexy, sans doute plus « chiant » à visionner pour bon nombre de personnes. Mais face à toutes ces productions qui utilisent sans la moindre compassion ce que vivent des millions de personnes jour après jour, ça fait un bien fou d’avoir un peu de compassion et un brin d’empathie à l’écran ; des personnages qui ne sont pas simplement le véhicule de leurs conditions.

Tant pis pour les bien pensants qui ne sont pas d’accord alors qu’ils ne connaissent pas le sujet et osent faire un énième lien entre affections psy et sans-abris. Les personnes qui combattent ou ont combattu les mêmes démons qu’Owen et Annie eux s’y retrouvent et auront moins l’impression d’être des bêtes de foire pour la plupart…

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