Askip t’es l’allié des meufs ?

Il est vrai que les problèmes de domination d’une frange de la population sur l’autre concerne tout le monde. Ceux du coté des “dominants” finissent parfois par s’en rendre compte, mais ce n’est pas suffisant pour être du bon coté. A vrai dire, c’est même juste le premier pas d’un très long périple !

I need something like a wrecking ball

Je suis en soi tout ce qu’il y’a de plus confortable : un mec, blanc, hétéro. Le tableau serait tout à fait complet si j’avais pas grandi dans des conditions difficile par rapport à la majorité des personnes que ce soit en terme de pauvreté, de scolarité ou de cadre familiale disons très… original !

J’ai aussi commencé ma déconstruction avec un petit avantage. Depuis le lycée, je ne vis quasiment qu’entourés de meufs, y compris dans mes amitiés. En réalité, on pourrait même considérer que mon incapacité à tisser des liens avec les autres mecs est problématique. Mais je sais pas, il y’a toujours un truc qui finit par me décevoir, me déranger ou tout simplement rien qui m’intéresse. Il donc très difficile pour moi de tisser des liens profonds avec mes congénères masculin, et pour ceux qui sont en couple, je finis fatalement par préférer leur conjointe (en tout bien tout honneur) !

Bref, je suis donc un mec blanc cis-hétéro avec l’avantage d’être habitué à évoluer au milieu des femmes. Est-ce que cela suffit pour être un homme féministe et exemplaire : PAS DU TOUT ! Ce n’est que ma position de départ et il y’a énormément à faire pour cela (et je doute qu’on puisse y parvenir totalement en l’espace d’une vie). Ma déconstruction part de ce point là, ni plus ni moins !

Tout casser, ça fait mal !

Je vais vous raconter un secret terrible : c’est tarpin douloureux ! N’allez pas croire que vous serez une victime, je vous garantis que ce n’est qu’une pichenette à l’oreille comparé à ce que vivent les autres au quotidien. Il n’en reste pas moins que oui, se rendre compte de ce qu’on représente et du mal que l’on a pu faire, indirectement ou non, met un très grand coup à l’estime.

Admettre que malgré tout on part de très loin, qu’on a probablement fait beaucoup de tort (et qu’on en fait toujours) et remettre en question tout ce sur quoi on s’est construit n’est pas chose aisée. Encore une fois, je suis factuel : il ne s’agit pas du tout de trouver des excuses ou de se mettre au même niveau. Tout simplement admettre qu’il a été insufflé en nous quelque chose de foncièrement mauvais est difficile.

Savoir s’en détacher est un bon début. Commencer à travailler dessus la suite logique. Si un #MenAreTrash vous mets mal à l’aise ou en colère, c’est que vous n’y êtes pas du tout ! Je vous assure que ce hashtag ne vous veut pas du mal à vous personnellement.

Tout commence avec l’empathie

Une des choses confortable que je regrette parfois sincèrement, c’est de vivre peinard. Ma chérie m’a appris énormément, y compris à repérer les propos et petites choses néfastes. Effet “pilule rouge” : quand on commence à les voir, on se rend compte qu’ils sont absolument partout ! En de nombreux moment je sens vraiment mal en lisant ou en entendant des choses. Ce n’est pas juste de la colère, de la tristesse ou de la déception, non je me sens… menacé (avoir des troubles anxieux n’aide pas cela dit !) C’est usant, fatiguant, et pourtant je ne suis pas la cible. C’est de l’empathie, je ne suis pas à la place des personnes concernées et ne le serai jamais, je ne ressentirai jamais les mêmes choses, mais j’ai un apercu. Et cet aperçu étant déjà lourd à porter, je ne peux que compatir.

En lisant des choses sur les Césars et Roman Polanski, il était souvent évoqué les réactions que cette situation provoque chez certaines femmes. Une colère profonde, une peur palpable et “des mâchoire qui se resserrent” à la seul évocation du nom du réalisateur. Ma réaction première aura été d’être surpris, de trouver presque cela “excessif”. Mais nope, si ne pas être ciblé et pourtant me retrouver régulièrement

T’es misogyne, et raciste aussi d’ailleurs… mais c’est ok !

Alors ça, c’est LE point auquel je tiens le plus. Il ne suffit pas de se dire “anti-patriarcat” ou “anti-raciste” pour être “du bon coté”. Cherchez pas : vous l’êtes !

Je passe sur le racisme car c’est plus parlant pour moi. Être “color blind” c’est des conneries. Avec toute la meilleure volonté du monde, je me surprends encore régulièrement à dire ou faire des choses qui me pose question. Je ne fais rien de méchant, je n’emploie pas d’expressions et encore moins d’insultes racistes, je n’ai pas d’appréhensions face à une personne racisée. Par contre je me suis déjà surpris à dire des “j’ai croisé un type sympa, un black, blablabla”. On s’en fout qu’il soit “black” ! Ca n’apporte rien à mon histoire, ça n’a même rien apporté à l’interaction décrite ! D’ailleurs on peut même se poser des questions sur le terme en lui-même…

La seul chose que cette remarque apporte, c’est de constater que, merde, malgré tout quelque part dans ma tête quelque chose tique. Malgré tout ce que je pense au plus profond de moi-même, quelque chose demeure encore plus profondément. Et c’est tristement “normal”, c’est une chose qu’on nous apprend malgré tout les défenses qu’on peut établir contre ça.

Réfuter qu’on ne peut pas être totalement détaché de tout ça, c’est aussi refuser de constater que non, on a bel et bien un problème avec ça. Alors oui, certains diront que c’est aussi une manière de continuer à faire la différence, que le mieux c’est vraiment faire aucune différence, blablabla. Ce à quoi je répondrais que oui, sans doute. Mais grâce à ma manière de “faire une différence”, je peux au moins travailler dans mon coin à faire taire cette petite voix hideuse plutôt que de risquer de continuer à me croire sans vice et perpétuer les choses en silence. Ce n’est pas parce que je montre le moins possible de biais que je réfute le fait d’en avoir.

Bref. Le sexisme et tout autres forme de discrimination profondément ancrées dans notre société, c’est pareil. Voir les choses en face c’est pas fun, on a pas non plus besoin de s’auto-flageller (nombre de mecs qui s’excusent partout pour les “connards”… OSEF !), juste se donner l’occasion de rectifier tout ce qu’on peut. Perso, je fais désormais plus attention lorsque je parle, et que si je décris une personne c’est que ça a un sens (et en gros, la couleur de peau n’en a jamais). Maintenant je ne mentionne (quasi-)plus ce genre de détails triviaux et pourtant si malsains. Au moins je ne participe beaucoup moins à maintenir en état tout le bazar.

Demerdes-toi un peu !

Poser des questions, c’est ok. Demandez l’avis des personnes concernées aussi. Par contre faut pas déconner : il y’a Google, des livres, des podcasts, et je ne sais quoi encore pour faire les choses tout seul comme un grand.

C’est fatiguant de voir tout ce monde qui “attend qu’on leur apprenne”… Encore un secret : quand on a vraiment envie d’apprendre, en général on en vient à se débrouiller tout seul. Demander aux personnes qui subissent au quotidien d’ajouter à leur tâche le rôle de professeur, c’est gênant.

Parmi les personnes ciblées par une quelconque forme de discriminations, beaucoup ont déjà dit tout ce qu’il y’a à dire. Il suffit de les lire et les écouter. Je compte plus le nombre de fois où un type qui se prétend “féministe” demande des ressources à une meuf qui aborde le sujet… J’ai une sensibilité particulière pour l’histoire des afro-américains, et gros secret : j’ai jamais demandé à une seule personne concernée de “m’aider à comprendre”, même quand c’était un étudiant d’Howard ! Non, j’ai lu des bouquins, écouté des paroles. Autre secret : ça marche pour tout ! Des bouquins, des blogs, des “influenceuses féministes” sur Twitter, il y’en a des tonnes ! Faire la démarche c’est franchement le strict minimum qui puisse être fait. Si vous ne sentez pas capable, il y’a un problème.

Le bonus !

Je n’ai même pas envie de m’étendre sur ces bonhommes qui se permettent de donner de leçons à tout va. Parfois même ils disposent d’une caution féminine, mais ça ne les rends pas moins malsains, au contraire. Un mec qui explique à un meuf ce qu’elle devrait penser est vraiment la pire chose à faire. Même si c’est pour “lui apprendre le féminisme”. Vraiment, il faut savoir rester humble et à sa place. Je sais qu’il est très compliqué pour un mec de ne pas donner son avis sur tout et de pas s’auto-octroyer un rôle de mâle alpha civilisateur.

Mais rassurez-vous, j’ai encore parfois ce défaut, mais au moins je m’excuse et la boucle dès qu’on me fait remarquer que je déconne !

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